mardi 24 mars 2009

parcours

Parcours 1995 – 2009 Narjess Ghachem , architecte et auteur

Rita Alaoui née à Rabat en 1972 vit et travaille à Casablanca.

Son œuvre est un panel d’émotions, de ressentis, d’expériences vécus. Chaque composition est « une représentation de mon histoire, de mon évolution. J’ai toujours su que l’art ferait partie intégrante de ma vie. »

La fibre artistique, Rita la porte au plus profond d’elle-même. Son père collectionneur d’art comptait plusieurs amis artistes. Sa mère créait des bijoux sans compter un oncle architecte et une tante artiste peintre.

Ce précieux tribut de l’enfance va devenir, chez elle une attitude intérieure « J’ai grandi en observant beaucoup d’art et j’ai commencé à peindre à l'âge de 16 ans »

Très vite, elle fait des choix fondamentaux et trace sa voie cumulant des expériences aussi diverses qu’enrichissantes.

A 19 ans, là voilà à Paris, à l’Académie Julien (Penninghen) puis à la Parsons School of design où elle suit des cours d’arts plastiques. Elle adhère totalement à l’esprit de cette institution, basé sur l’épanouissement individuel et l’échange. Cet apprentissage de deux ans aiguise sa curiosité et lui donne envie d’en savoir plus, d’aller plus loin à… New York en 1994.

Pendant deux ans, toujours à la Parsons School of Design NY, elle étudie les Arts Plastiques, section peinture, et obtient son diplôme en 1996. L’énergie tellurique de la « Big Apple » est légendaire. Rita s’en imprègne et succombe à la magie effervescente du lieu qui exalte son imaginaire. Elle loue un atelier à Dumbo, zone industrielle de Brooklyn squattée par les artistes et devenue depuis un pôle de l’art contemporain. Elle y réalise ses premiers travaux tout en s’essayant au monde exigeant de l’édition et des médias. Un passage au New York magazine lui fait entrevoir de nouvelles perspectives créatives. Elle découvre les coulisses et les rouages du célèbre hebdomadaire. L’ambiance y est plutôt survoltée, souvent joyeuse, parfois difficile mais jamais monotone.

D’un univers à l’autre, elle s’initie au travail d’équipe, à l’endurance, au goût de l’effort.

De retour au pays en 1998, elle continue sur sa lancée et partage son temps entre son travail de directeur artistique pour le magazine Femmes du Maroc et sa peinture.

« Captivée par la couleur », puisée dans la nature, elle trouve l’inspiration dans le jardin de son enfance et les paysages contrastés du royaume.

La nature est son vivier. La terre, une source d’énergie miraculeuse et régénératrice. « Le monde organique et végétal est au centre de ma recherche. La nature avec un grand N, est le point d’entrée à mes peintures. »

Dès sa première exposition « Célébration de la couleur » en 1999 à la Galerie Al Manar, elle se démarque, suscite la surprise et crée la différence. Son talent de coloriste est remarqué, sa vision artistique imaginative et ludique appréciée.

Quatre ans plus tard, avec une deuxième exposition à Al Manar, "Entre terre et ciel", elle affirme sa démarche et « son ancrage de bon aloi dans la modernité figurative »

La presse salue : « Ce peintre exigeant et raffiné (…) dont le travail a atteint une vraie maturité artistique(…) Qui apporte un souffle nouveau à la peinture au Maroc (…) Et « montre des tableaux empreints de légèreté et touchés par l'esprit de l'enfance, notamment dans sa façon de présenter le monde allusivement. Qu'il s'agisse de fruits, de légumes ou de fleurs, c'est la couleur qui dessine une forme, qui se confond avec le fond dans le plaisir évident de faire naître les choses d'une matière qui ne renie en rien sa fluidité (…) Le goût de l’inaccompli est, chez Rita Alaoui, totalement maitrisé et nous séduit (…) »

Le lien à la nature, le lien aux autres, Rita en a fait une éthique, un état d’esprit. « Passionnée par tout ce qui pousse, je peins ce qui me manque», elle réorganise sur ses toiles une nature virtuelle.

Passionnée également par le design d’objet enfant, elle ouvre en 2004 « Les Tortues Rouges ».

Un espace atelier–boutique convivial où elle propose des meubles et des accessoires gais et colorés – évidemment - pour les chambres d’enfants mais aussi des ateliers créatifs. Vêtements, doudous, objets fabriqués en série limitée, dessinés par elle et son mari. Autour de l’univers ludique et rafraichissant de l’enfant, on y mêle tous les ingrédients savoureux de la vie. Les cinq sens en éveil, on partage dans la joie et la bonne humeur leçons de cuisine, de peinture, de céramique, de couture. On construit, on modèle, on façonne, on sculpte, on recycle, on se raconte de belles histoires… Ici, tout le monde est mis à contribution, y compris les enfants de Rita. Ici, on sème des graines d’artistes.

Avec l’enfant pour interlocuteur et source d’inspiration jubilatoire permanente, durant quatre ans, Rita tissera une trame d’amour autour d’elle et les siens.

«Je suis mes impulsions, j’essaye de redéfinir la vie ou plutôt ce qu’elle pourrait-être » Il y a assurément dans la démarche de Rita Alaoui, des vertus thérapeutiques indéniables. Mêler l’univers de l’enfant à celui de la peinture, voilà une façon poétique d’illustrer le chemin de sa vie.

Entre expositions collectives et personnelles, au Maroc comme à

l’étranger, aux titres évocateurs des préoccupations de l’artiste : (Transparences 2006; Organic Machine 2007;Profondeurs végétales 2009), Rita creuse son sillon dans le champ pictural marocain et forge sa personnalité d’artiste qui se sent « étroitement liée à la peinture de l'école Américaine. »Une appartenance soulignée par la critique « Il y a sans doute de la part de cette artiste la volonté de se défaire de la calligraphie traditionnelle et de s’approprier le meilleur de la peinture américaine des années 60-70, notamment Twombly, Frankenthaler et le color-field. » Le ton est donné, le défi est lancé, l’avenir s’annonce prometteur.

Consciente du « privilège d’être une artiste », elle compte désormais s’adonner exclusivement à sa vocation.

« New York m’a donné la force d’agrandir mes horizons et de ne jamais arrêter la quête de l'esthétique. Je dessine, conçois et rêve constamment de l’objet parfait, dans l’espace parfait. »

Dans l’émotion d’une toile, d’une installation ou tout autre support, il s’agit pour Rita Alaoui d’affirmer les règles de sa cohérence avec un maximum d’intensité et de liberté d’expression.

Avec sa 1ère installation « La foret enchantée», pour les anciens Abattoirs de Casablanca, Rita entre dans un nouvel univers. Une multitude de petits arbres en papier perforé seront suspendus au ras du sol « Javais envie de donner une autre dimension à mon travail et de mettre en scène l’objet dans l’espace ».

Rita Alaoui a attiré l’attention de plusieurs collectionneurs au Maroc comme à l’étranger. Depuis quelques années, elle expose à la Galerie Shart, Casablanca.

Narjess Ghachem*

Rabat, le 23 Mars 2009

* Narjess Ghachem , architecte est l’auteur de « Marrakech Demeures et Jardins secrets » Edts ACR – Paris 1990 & 1992

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