

The taste experience, 2010
Barquettes aluminium, marqueur noir.
Installation 139cm x 160cm
60 cupcakes ! 60 saveurs gravées sur un couvercle culinaire en aluminium non seulement pour rappeler qu’un couvercle recouvre quelques recettes appétissantes, mais qu’il pourrait devenir autre : un support
esthétique prêt à recevoir quelques dessins. Cet espace gris métallisé quitte donc sa fonction originelle pour reporter à l’infini la multiplication symphonique de saveurs de « Cupcakes ». Reproductions de formes anonymes
sucrées ayant comme seule finalité : laisser la trace de ce qu’elles furent, une saveur remplie de restes suaves.
Tels des photogrammes en boucle, les gourmandises semblent être promues à un temps impérissable.
En effet, du bout de pâtisserie qu’elles furent, que reste-t-il sinon que le souvenir de les avoir avalée goulument comme un bienfait immortel de consommation. Plus aucune chair dégustatrice est dorénavant palpable, tous ont été réduits
à l’informel au point qu’il reste juste l’écriture pour nommer «Chocolat» ou autres saveurs. Une fraction de seconde nous absorbons une senteur de chocolat mais le songe s’affaisse très promptement ; il ne persistera que quelques spirales ravitaillant le ventre du «Cupcake » et un demi cercle vide en forme d’épigastre ayant perdu ses airs gratifiants.
La pate moelleuse en tant que culture nord américaine abandonne définitivement sa vitrine flatteuse pour configurer la dimension provisoire d’une part qui se consume sans retour. Ils deviennent ainsi autre chose de ce qui pourrait être
« mangeable » puisque le prix de leur pérennité est de s’inclure par un alignement alphabétique comme s’ils étaient devenus des symboles plastiques de leur propre mort ? Mais ils restent vivants, paradoxalement, dans nos mémoires affamées,
du fait qu’ils s’affichent comme les restes d’une « Expérience » que nos papilles ont su ingérer avec un génie vandale.
Nous voyons étrangement que ces tendresses sucrées deviennent une installation et qu’elles se mutent à leur tour en un cadre ayant échappé à l’emprise de la toile.
Rita Alaoui, récupère, regagne, reconquière le jetable, comme Andy Warhol, il fallait continuer à réfléchir sur la surconsommation, le gaspillage, imprimant Hic et Minc sa présence in abstentia.

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